Par petits déplacements, de rochers en mini-replats lorsque c’était possible, en ramasse avec le piolet servant de frein par son manche terminé par une pointe de fer labourant le sol irrégulier de la pente herbeuse, Florian arriva au niveau du sommet de l’éboulis de pierres. Par une suite de petits bonds glissés dans les cailloux instables, il arriva au niveau de l’objet rouge qui l’avait intrigué : c’était bien un sac à dos d’alpiniste comme l’attestait la corde attachée sur son côté.
« Vraiment étrange qu’un montagnard ait laissé débarouler ses affaires sans chercher à les récupérer. Qu’est-ce que j’en fais ? Un, je l’ouvre pour étudier son contenu ; deux je le descends tel quel jusqu’au lac pour que nous décidions ensemble ; trois, je demande à Quentin ce qu’il convient de faire dans ce cas. »
Il en était là de ses réflexions quand un petit éclat de lumière provenant d’entre les pierres dans la direction du soleil agaça fugitivement son œil.
« Un tesson de bouteille probablement » pensa-t-il en descendant une dizaine de mètres vers la source de l’éclat. C’était bien du verre mais il était encore serti dans une monture de lunettes de glacier.
« Comment est-ce possible de perdre de telles lunettes en montagne ? » se demanda-t-il, « où elles sont rangées dans le sac, où elles sont portées et avec leurs branches recourbées derrière l’oreille, impossible qu’elles tombent comme ça, accidentellement »
De plus en plus perplexe, il opta pour une descente précautionneuse vers le lac en portant son sac dans le dos et sa découverte devant lui. Par petites traversées, de mini-replats en rochers, Florian commença la périlleuse descente.
Lorsqu’il fut une trentaine de mètres sous l’endroit du grand pierrier où il avait récupéré le sac, alors qu’il étudiait méticuleusement de l’œil son parcours suivant, un objet l’intrigua. Il s’avança et découvrit, coincé entre deux pierres un os d’une quarantaine de centimètres de long.
« Quel animal sauvage peut avoir un os aussi long ? » s’interrogea-t-il. « Pas un chamois, pas un mouflon, pas un bouquetin, pas un chien non plus. Les cerfs vivent dans les bois et les vaches ne viennent pas dans ces pentes trop raides.
»
Il eut soudain un éclair de lucidité horrifiée : « c’est un os humain ! »
Il regarda tout autour de lui, scruta le sol minutieusement. Quinze mètres sur le côté, il aperçut un morceau de tissu grisâtre et décida d’aller voir. Dominant sa répulsion, il tira sur ce qui lui semblait être la manche d’un anorak. Celle-ci résista puis céda brutalement manquant de le déséquilibrer.
Sortait de l’autre bout de la manche le squelette d’un bras encore fixé à son omoplate.
L’estomac de Florian ne résista pas. L’excellent sandwich reblochon-jambon de Savoie du chef du chalet « Fleurs de givre » refit surface.
Laissant sur place le sac à dos rouge à l’origine de ses sinistres découvertes, prenant d’inutiles risques dans une descente à soixante degrés, plantant ses talons dans les mottes, godillant dans les pierres, se laissant glisser sur le ventre dans les trop fortes pentes herbeuses, piolet labourant la mince épaisseur de terre, il réussit à atteindre la déclivité plus raisonnable menant au lac.
Les anciens de la classe qui avaient dédaigné l’ascension discutaient par petits groupes. Personne sauf Quentin avec ses jumelles ne l’avait observé dans sa folle descente.