VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

3. Le drame de Mathilde.

Quand Valentin à quinze heures dix se présenta à la porte du petit théâtre, une file de personnes en sortait. Il s’effaça un instant puis, intrigué, demanda à une dame :
— La répétition est déjà finie ?
— Non, elle est annulée.
— Ah, pourquoi ?
— On ne nous l’a pas dit, mais les musiciens faisaient une drôle de tête.
Valentin fit un petit geste de remerciement et entra à rebours de la file. Sur la petite scène, trois femmes d’âges divers entouraient une Mathilde prostrée sur son siège de musicien. Ses épaules tressautaient, elle tordait ses mains en tous sens, vivante image du désespoir.
— Mathilde, Mathilde, que se passe-t-il ?
— Veuillez nous laisser monsieur, ce n’est pas le moment, lança une des dames, impatientée.
— Excusez-moi mesdames. Je suis un vieil ami de Mathilde. Peut-être puis-je quelque chose pour elle. Pouvez-vous m’expliquer ?
— Mathilde releva la tête, regard halluciné, épaules voûtées, respiration hachée, tout dans son attitude trahissait un drame intérieur incommensurable.
— Je peux expliquer tout à ce monsieur Mathilde ?
Sans répondre avec des mots qui n’auraient pas pu sortir de sa gorge nouée, elle acquiesça de la tête.
— Mathilde est une jeune femme solide, que s’est-il passé qui la mette dans cet état ?
— Ses instruments ! On les lui a volés dans le coffre de sa voiture qu’elle est pourtant certaine d’avoir verrouillée.
— Où est ta voiture Mathilde ?
— Elle l’a garée dans le parking souterrain du théâtre, répondit à sa place une de ses collègues. Les répétitions, ainsi que le concert dans huit jours, ne peuvent avoir lieu sans Mathilde et ses instruments. C’est absolument dramatique !
— Ne pouvez-vous pas en louer en attendant qu’on…
— On ne joue pas du Bach sur un crincrin ni du Haendel avec un pipeau, répliqua une musicienne avec une expression exaspérée et méprisante. Le violon de Mathilde est un Edgar Russ à près de trente mille euros et sa flûte une Altus à neuf mille euros.
— Ah, oui en effet ! De ce point de vue aussi c’est dramatique.
Valentin resta un instant silencieux. Soudain, d’un bond il sauta sur la scène, s’accroupit face à son amie d’enfance, posa les mains sur ses genoux et lui dit d’une voix douce :
— Mathilde, me fais-tu toujours confiance ?
La jeune femme hocha la tête en hoquetant d’une petite voix hachée :
— Ou…Ou… Oui…
— Mesdames, je vais m’occuper d’elle et, si je peux, de son problème. Elle vous donnera rapidement des nouvelles. Euh, je me nomme Valentin Valmont et je suis journaliste à Lyon. Voici ma carte ajouta-t-il en tendant un bristol à la plus âgée des musiciennes. Viens Mathilde, prend ton sac et descendons voir ta voiture.