VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

35. Madame Carine Fontaine.

Une canette de soda à la main, Gilles et Pascal discutaient avec madame Fontaine, leur ancienne professeure de physique chimie SVT qu’ils avaient beaucoup appréciée à la fin de leurs années de collège.
— Ainsi Gilles, tu es devenu libraire. C’est une très belle profession qui demande une grande culture et aussi beaucoup de travail.
— Je confirme, en tout cas pour le travail. J’ai toujours aimé lire aussi dès que j’en ai eu la possibilité, j’ai racheté une petite librairie de quartier qui vivotait et petit à petit, j’ai réussi à la développer. Je reçois maintenant de grands écrivains, des essayistes, des politiques pour des séances de dédicaces. Par ailleurs je suis marié avec Lucie Roche. Vous vous souvenez de Lucie ?
— Parfaitement. Elle était excellente en SVT.
— Et bien elle est devenue comme vous, professeur de sciences dans un collège en ville.
— Tu la féliciteras de ma part. Je suis heureuse d’avoir contribué à susciter une vocation. Et toi, Pascal, qu’es-tu devenu ?
— Je me suis servi de la seule qualité physique que la nature m’a donnée, mes grandes oreilles.
— Je ne comprends pas bien… Quelle profession peux-t-on exercer en se servant de ses oreilles ?
Comme Pascal, nullement intimidé, attendait sans rien dire mais avec un sourire amusé, dans son dos, Gilles mima d’abord un violoniste puis un pianiste puis un joueur de clarinette.
— Tu es musicien ?
— Presque, je suis accordeur de pianos et autres instruments, donc grandes oreilles en quelque sorte et moi, je suis mariée avec Eva Lacourt.
— Oui, Eva, très timide et super gentille.
— Je confirme. Bien que le sien soit petit et très joli, elle est grand nez dans une parfumerie.
— Vous avez des professions bien originales tous les deux.
— On peut dire ça. Avez-vous toujours un chat madame Fontaine ?
— Ma petite Asya que vous aviez sauvée de ces horribles trafiquants * m’a quittée à l’âge de dix-sept ans. J’ai maintenant une chartreuse à poils longs, très gentille. Tu as toujours un chat toi Pascal ? Je crois que le tien s’appelait Guzzi.
— Bravo pour votre mémoire, madame, intervint Gilles.
— Hélas non, mon Guzzi est décédé et nous ne reprenons pas de chat pour ne pas gâcher l’odorat d’Eva qui est un peu allergique. Ah, enfin voici Valentin qui vient vous saluer. Je vous laisse, je vais discuter un peu avec monsieur Doucet qui ne m’a jamais fait sentir ou remarquer que j’étais nul en gym.
— Bonjour madame Fontaine, fit Valentin, je suis très heureux de vous revoir en si bonne forme.
— Merci, c’est gentil.
— Bonjour madame, dit à son tour Olivier qui venait de les rejoindre.
— Bonjour Olivier, tu vas bien ? Que deviens-tu ?
— Ma profession a quelque chose à voir avec la vôtre.
— Tu es devenu professeur de SVT toi aussi ? Je ne l’aurais pas imaginé.
— En réalité, je m’occupe aussi de plantes, mais en agencement d’espaces verts dans la petite entreprise du père de mon épouse : Margot Chevril.
— Margot, je me souviens d’elle, une fille très attachante. Et toi Valentin, tu es devenu journaliste à ce que j’ai compris ?
— Reporter, enquêteur, pigiste. Je travaille maintenant pour un journal local et je fais également des reportages pour sa version en ligne.
— Dans un domaine particulier ?
— Non, je suis resté très éclectique dans mes choix. Par exemple je viens de finir un article sur les fromages de Savoie.
— J’ai lu récemment un papier à la fois horrible et très intéressant sur le rôle du gypaète barbu dans nos montagnes. Il était signé VV. C’était de toi ?
— Oui, j’ai découvert l’action de ce remarquable oiseau après une excursion avec mes amis Florian, Charly et Quentin ici présents. C’est Lucie Roche, enfin Lucie Arroux maintenant, qui m’a donné les explications finales.
— Tu n’es pas marié Valentin ?
— Pas officiellement mais maintenant je vis avec Emily Gilmore.
— C’était une bien jolie fille.
— C’est une bien jolie femme maintenant. Elle travaille dans l’entreprise d’importation de matériel sportif de son père, tout comme Charly, je veux dire Charles-Henri qui seconde également son père, heu, son père à lui, à l’international.
— Vous avez tous bien tracé votre chemin et cela ne peut que satisfaire vos anciens professeurs. Je n’ai pas encore discuté avec Quentin Ouvrard ni Florian Marlin. Je crois bien avoir entendu monsieur Doucet parler de gendarmerie pour l’un et de moniteur en montagne pour l’autre.
— C’est exact, confirma Valentin. Quentin est lieutenant dans un peloton de gendarmerie de montagne. Je compte d’ailleurs sur les renseignements qu’il pourra me fournir pour réaliser un reportage sur les actions de sauvetage en altitude. Florian exerce en effet dans le sport et la montagne, ses domaines de prédilection. Ils sont en train de discuter avec monsieur Doucet, je vous les envoie.
— Bonjour Florian, bonjour Quentin, Valentin m’a indiqué que vos professions concernent la montagne. Vous avez c’est sûr le plus beau bureau du monde ! Oh, mais je crois que les collègues s’apprêtent à donner son cadeau de retraite à monsieur Doucet. Quentin, serait-il possible que nous discutions après cette petite cérémonie ?
— Avec plaisir madame Fontaine.
— Qu’est-ce que vous avez fait comme cadeau à notre ancien prof de gym ? demanda Florian.
— Je ne sais pas exactement, c’est madame Chevalier qui s’en est occupé, elle va prendre la parole, nous allons bientôt le savoir.
« Cher collègue, nous savons tous ici que tu n’es pas la brute à biceps comme disent ceux qui veulent taquiner les profs de gym. Nous connaissons ton goût pour les arts et en particulier l’art pictural alors, maintenant que tu vas avoir du temps devant toi, que tu vas, selon ton vœu, pouvoir te reposer, nous t’offrons de quoi devenir un nouveau Renoir, Van Gogh ou Picasso. Voici une caissette contenant gommes et crayons, une quinzaine de tubes de couleur à l’huile, quatre ou cinq brosses ou pinceaux, deux flacons contenant térébenthine et medium à peindre, les godets qui vont avec, ce à quoi nous avons ajouté un chevalet de table et deux tableaux vierges prêts à être décorés.
Bonne retraite monsieur Doucet. »

* Dans le livre Valentin au collège.