VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

43. Florian et Pascal.

Florian, arrivant de Saint Thomas, arrêta sa Mégane au niveau de la mairie d’Annecy où l’attendait Pascal. Quand ce dernier fut installé dans la voiture, Florian lui demanda :
— Tu as choisi la destination ?
— Il y a trois armureries dans le département, par laquelle veux-tu commencer ? La plus près ou la plus éloignée ?
— Décide toi-même.
— Il y a autant de chance que ce soit l’une ou l’autre.
— Ou aucune des trois !
— Pas de défaitisme, Flo. Voyons, réfléchissons, ceux qui ont fait ce braquage, en plus d’être des sales types, sont des flemmards car ils préfèrent voler que travailler, donc ils sont allés au plus près et l’armurerie la plus près se trouve sur la route de La Roche. Je te donne l’adresse pour ton navigateur.

Après un quart d’heure de voiture, la voix du navigateur nasilla : « Vous avez atteint votre destination. »
Le magasin était ouvert mais désert, vide de clients. Cependant dès leur entrée un homme émergea de l’arrière-boutique.
— Bonjour messieurs, que puis-je pour vous ?
Florian regarda Pascal qui comprit le message.
— Bonjour monsieur, vous vendez des matraques ?
L’homme regarda plus attentivement Pascal.
— C’est pour vous défendre ?
La question amusa Pascal à l’esprit fertile.
— Non, pour défendre un de mes amis et de plus je ne veux pas en acheter une.
— Je ne comprends pas bien.
— En fait nous désirons savoir si on vous en a achetées au cours de cette année.
— Ce n’est pas un article très demandé, j’en ai vendu une seule.
— Vous rappelez-vous à qui ?
— Pour ce genre d’arme de catégorie D, nous n’avons pas à demander l’identité de l’acheteur.
— Vous sauriez le décrire, cet acheteur ?
— Non, je ne m’embarrasse pas la mémoire avec ça.
— Regardez cette photo, est-ce lui ? dit Pascal en posant son smartphone grand écran sur le comptoir de bois blond.
Le commerçant hocha négativement la tête.
— Et celle-ci ? continua Pascal en faisant glisser la photo de Romuald pour faire apparaître celle d’Adrien.
— Non plus.
En reprenant son appareil avec une moue de désappointement, Pascal toucha l’écran du doigt et une autre photo s’afficha.
— Attendez, fit l’armurier, montrez-moi mieux.
L’appareil montrait Tony Thénard avec sa barbe noire.
— Je crois que c’est à cet homme que je l’ai vendue. Il voulait effectivement une matraque télescopique en plus d’une bombe lacrymogène. Il m’a expliqué qu’il était transporteur routier, qu’il devait des fois dormir dans son camion sur des parkings déserts et qu’il voulait avoir de quoi se défendre, ce qui se comprend.
— Merci monsieur, vous nous rendez un grand service. Nous ne vous achetons rien mais je vais faire monter votre cote sur les avis donnés sur internet.
Florian n’avait pas ouvert la bouche. Comprenant l’entretien terminé, il se dirigeait vers la porte, l’armurier alors chuchota à l’oreille de Pascal qui allait suivre « C’est votre garde du corps ? » Pascal fit oui de la tête.
— Tu t’es débrouillé comme un chef, Bouboule, félicita Florian quand ils furent dehors. Je n’aurais pas fait mieux. Comment se fait-il que tu aies une photo de Tony dans ton smartphone ?
— Je suis brutalement tombé amoureux de lui ! s’amusa-t-il.
Devant l’air ahuri de son ami, il corrigea avec un rire moqueur :
— J’ai isolé les portraits de nos meilleurs ennemis d’après la photo de groupe prise au chalet en me disant que ça pourrait toujours servir et tu vois, ça a été le cas.
— Donc c’est Tony l’un des agresseurs des buralistes ?
Pascal pinça les lèvres puis après quelques secondes de réflexion énonça :
— Non, je ne crois pas. Tony est marié, même si c’est avec Morgane. Il possède un camion, il a un métier, bref une situation. Il ne se risquerait pas à tout perdre pour un braquage minable.
— Ouais, peut-être, mais il nous faut vérifier ça. Tu sais où il habite ?
— Je crois qu’il a acheté un bout de terrain pas loin du grand magasin ou bosse Morgane et ils ont fait construire une petite maison. Mais peut-être qu’on ne le trouvera pas, il est tout le temps sur les routes.
— Allons interviewer Morgane dans son magasin.
— Oui, pas bête.
— Qu’est-ce que tu crois.

Dans l’hypermarché, Morgane, très sûre d’elle, conseillait un homme sur le vin s’accordant le mieux avec le foie gras. Les deux amis après avoir levé une main vers elle en guise de bonjour attendirent que l’autre client se soit éloigné.
— Bonjour camarades, vous cherchez un bon vin pour le réveillon du jour de l’an ?
— Heu, pour moi, c’est Eva qui va s’en charger, déclina Bouboule.
— Moi je réveillonne avec un groupe d’américains que j’encadre à La Clusaz.
— Alors, qu’est-ce que vous voulez ?
— C’est un peu délicat. Voilà, nous savons que ton mari a acheté une matraque télescopique pour se défendre quand il doit passer la nuit dans son camion. Est-ce qu’il l’a encore ?
— Ben non, un jour il a discuté avec un gendarme qui contrôlait les cargaisons sur un parking d’autoroute. Le flic lui a dit qu’il avait le droit d’avoir une matraque chez lui, mais pas dans son camion car ce n’est pas un espace privatif. Pourquoi vous voulez savoir ça ?
— Donc elle est chez vous ?
— Ben non, je ne veux pas de ça chez moi. Je crois qu’il l’a refilée à Romuald.