VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

6. Vieilles connaissances.

Valentin poussa la porte d’entrée du commissariat de police et s’effaça galamment pour laisser entrer Mathilde. Derrière un bureau comptoir un homme d’une cinquantaine d’années, menton appuyé sur son poing, semblait s’ennuyer profondément.
— Hé, bonjour brigadier Marboz ! s’écria Valentin, vous n’avez pas changé !
— Brigadier-chef. Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
— Vous ne me reconnaissez pas ? C’est peut-être tant mieux. Nous désirons voir le lieutenant Marchais.
— Vous voulez dire le commissaire adjoint Marchais ? Il n’est pas visible pour l’instant. C’est pourquoi ? Déposer une plainte ? Je suis là pour ça ! Je vous écoute. C’est pour vous ou votre femme ?
— Nous ne sommes pas mariés, brigadier-chef Marboz.
— Chacun vit comme il veut ! Alors ? D’abord, quel est votre nom ?
— Valentin Valmont. Ça vous rappelle quelque chose ?
— Valmont… Valmont… Ah oui, le gamin donneur de leçons…
— Finalement, vous avez bonne mémoire, brigadier-chef Marboz. Mon amie vient déposer une plainte pour vol. Je l’accompagne pour indiquer qui sont les voleurs et suggérer les moyens de les appréhender. J’ajoute que c’est extrêmement urgent, c’est pourquoi nous voulons voir le commissaire Marchais immédiatement.
— Les plaintes doivent d’abord être enregistrées par moi.
— Ne prenez pas le risque de vous faire encore remonter les bretelles, brigadier-chef Marboz.
Le brigadier hocha pensivement la tête. Valentin eut le sentiment d’entendre tourner les rouages du cerveau de l’homme qui finalement se décida un appuyer sur une touche de son mini-standard téléphonique.
— Commissaire, il y a là le dénommé Valmont et sa femme qui veulent vous voir.
— Mauvaise déduction brigadier, nous ne sommes toujours pas mariés.
Un semblant de sourire anima enfin le visage tourmenté de Mathilde. Le brigadier haussa les épaules, se leva et marmonna :
— C’est bon, le commissaire a deux minutes à vous consacrer, suivez-moi.
— Bonjour commissaire ! lança Valentin quand le brigadier leur eut ouvert la porte d’un spacieux bureau.
— Valmont, Valmont… Ah oui, je me rappelle... Qu’êtes-vous devenu ? Qui est cette dame ? Encore une affaire de vitriolage ? de drogue ? d’enlèvement ?
— Je suis devenu journaliste d’investigation. J’opère pour un journal de Lyon et rédige aussi des articles en free-lance. Nous pouvons nous tutoyer comme lors de notre première rencontre, n’est-ce pas ? Cette dame se nomme Mathilde Marchand. Si vous ne la connaissez pas encore, je vous indique qu’elle est une artiste lyrique et grande musicienne classique. Nous venons pour déposer une plainte pour le vol de ses instruments tout en vous apportant les éléments pour résoudre l’affaire.
— Dites-moi succinctement de quoi il s’agit.
— Succinctement, ce sera difficile. Il s’agit d’un vol d’un montant de plus de 40.000 euros sous forme de deux instruments de musique de grande valeur et d’un ordinateur professionnel dédié. C’est mon amie Mathilde Marchand ici présente qui en a été victime. J’ai, je crois, les éléments qui vont vous permettre d’arrêter rapidement les voleurs et de récupérer le précieux matériel.
Le commissaire appuya sur le bouton d’un interphone sur son bureau.
— Marboz, qu’on ne me dérange sous aucun prétexte. Madame, Valentin, racontez-moi…

Un quart d’heure plus tard, le commissaire relança son subordonné :
— Marboz, sonnez immédiatement le rassemblement de l’équipe dans mon bureau, puis vous prendrez la plainte de madame Marchand. Oui, elle ! Action ! Madame, Valentin, je vous tiens rapidement au courant. Laissez bien vos numéros de téléphone au brigadier.
— Brigadier-chef, sourit Valentin. Avec mes remerciements, à très bientôt commissaire.
— Toujours au service des femmes agressées, hein Valentin ?
— En fait, c’est surtout que je ne supporte pas les injustices, surtout quand cela concerne mes amis. De plus, j’ai là un excellent sujet de reportage qui va valoriser le travail de la police, surtout si vous vous montrez aussi efficace que lors de l’affaire d’Inge *, mon amie danoise.

* Dans les livres Valentin en vacances et Valentin au lycée.