« Allô ? Valentin Valmont ? »
— Lui-même.
— Commissariat de police de…
— Ah, hé bonsoir brigadier-CHEF Marboz !
— Comment sais-tu que…
— Ton accent savoyard inimitable !
— Oui, bon…
— Vous avez besoin de moi pour vous aider dans une enquête ?
— Tu es bien prétentieux pour un civil. Non, le commissaire veut te voir dès que possible au sujet de l’affaire de l’Audi et de la plainte que ta femme…
— Je crois que j’ai envie de t’embrasser, brigadier-chef Marboz.
« Clic ! »
— Tiens, pourquoi a-t-il raccroché ? ironisa Valentin pour lui-même. Redevenant sérieux il se dit, tout heureux : le fait d’avoir des nouvelles du néo-commissaire aussi rapidement ne peut être que bon signe pour les instruments de Mathilde. Je fonce.
Il était 19h30 quand Valentin stoppa sa 2008 dans le petit parking jouxtant le commissariat.
— Je suis vite venu te faire le bisou promis, lança-t-il au brigadier Marboz toujours derrière son comptoir.
— Le bureau du commissaire est toujours à la même place ! répliqua froidement le policier.
— J’y cours, s’amusa encore Valentin en mimant un galop.
— Ah Valentin, tu as fait vite, c’est bien. Je t’ai fait convoquer, toi seul, pour ne pas donner de faux espoirs à ton amie.
— Tu as pu piéger les spécialistes du gâteau roulé ?
Le commissaire regarda bizarrement son interlocuteur, se demandant s’il n’était pas devenu fou. Valentin éclata de rire.
— Un petit cours d’anglais monsieur Marchais ? Rolling égale roulé et jam signifie aussi confiture ce qui fait que rolling-jam veut aussi bien dire gâteau roulé que intercepteur de codes.
— OK, ok, donc je suppose que tu as deviné pourquoi tu es là.
— Je subodore que ton équipe et toi avez été très réactifs et que vous avez coffré les videurs de coffres.
Le commissaire eut un sourire complice et hocha la tête affirmativement avec un air de grande satisfaction.
— Tu es là en tant que témoin pour confirmer, d’une part qu’il s’agit bien de leur véhicule et d’autre part qu’une partie du butin récupéré appartient bien à ton amie. Suis-moi dans la cour.
— Hé, elle est bien abîmée cette Audi, quatre roues à plat et une aile enfoncée.
— Les herses modernes de la police -à pointes creuses amovibles- sont très efficaces pour stopper les délits de fuite et autres refus d’obtempérer. Ça c’est pour les pneus. La voiture devient alors difficilement contrôlable ce qui fait que le chauffeur a percuté la fin de la paroi du tunnel de remontée du parking en tentant de s’échapper malgré tout. Il s’agit bien de la voiture que tu avais repérée ?
— C’est la même immatriculation en tout cas. Dis-moi commissaire, est-ce que…
— Oui, coupa le haut-gradé, nous avons récupéré deux étuis, un gros en forme d’instrument contenant effectivement un violon et un long avec une clarinette à l’intérieur.
— Une flûte traversière.
— Si tu veux. Nous avons également récupéré deux ordinateurs portables, un smartphone et trois sacs à main. Là ce sont bien les instruments de ta copine ?
— Je suis bien incapable de te répondre comme ça avec certitude. Le violon doit être un Edgar Russ et la flûte une Altus.
— Comment savoir ?
— Pour le violon, il doit y avoir une petite étiquette en papier collée à l'intérieur du corps de l'instrument. Pour la lire, il faut regarder à travers l'une des deux ouïes. Elle indique le nom du luthier ou de l'atelier qui a fabriqué l’instrument ainsi que l'année de fabrication, m’a dit Mathilde. Pour la flûte, les indications sont gravées dans le métal quelque part sur l’instrument.
— Merci pour ces précisions qui vont nous permettre de confirmer qu’elle est bien la propriétaire légitime.
— Mathilde va être ravie et avoir une très haute estime de la police, que par ailleurs elle ne détestait pas. Puis-je récupérer les instruments pour lui remettre ?
— Non. Il faut encore faire quelques investigations : empreintes, traces ADN pour étayer un peu plus les preuves à charge. Demain, madame Marchand pourra venir récupérer ses biens.
— Et en ce qui concerne son ordinateur ?
— En connaître le propriétaire est bien plus facile : il peut fournir le mot de passe, citer les logiciels installés, parler du contenu du disque dur. Demain dans l’après-midi, disons vers seize heures, elle pourra venir signer le procès-verbal de récupération.
— Toutes mes félicitations pour ton action rapide et efficace, commissaire Marchais, compliments à partager avec ton équipe.
— Merci, mais tu nous avais bien mâché le travail.