Ils ne s’étaient pas vus depuis plus de cinq ans mais ce fut comme s’ils s’étaient quittés hier. À part Charly pas encore libéré de son travail, Valentin et ses amis Gilles, Florian, Quentin, Pascal et Olivier s’étaient mis à la même table.
Le premier clash eut lieu au milieu du repas après que la conversation eut porté sur les religions, les miracles supposés, les phénomènes paranormaux. Quand ce fut au tour de Bouboule de donner son avis, celui-ci expliqua :
— Certains conducteurs, des routiers souvent, racontent avoir aperçu au milieu de la nuit l'ombre d'une silhouette géante en tunique blanche faisant des signes d'avertissement au bord de la route. Ce genre de récit est connu et la silhouette est souvent appelée la « dame blanche. »
— Moi, je l’ai déjà vue la « dame blanche », intervint Tony en se levant de la table voisine.
— T’es qui toi ?
Bouboule se retourna, jeta un coup d’œil sur l’intervenant, et reprit :
— Ah, Tony, je ne t’avais pas reconnu avec ta barbe cache-boutons. Oui, la dame blanche, il y en a qui expliquent savamment qu’il s’agit d’une personne ayant eu un accident à cet endroit de la route et que son fantôme cherche à avertir du danger les autres automobilistes.
— Oui, ben c’est vrai, quand je l’ai vue, c’était dans un endroit dangereux et il y avait du brouillard, poursuivit Tony.
— En ce qui me concerne, continua Bouboule, je ne crois pas une seconde à cette fable. Il s'agit en fait d'un mythe présent dans le monde entier, combinant des superstitions sur les fantômes et des témoignages quelquefois émis de bonne foi mais dont la véracité n’a jamais pu être prouvée.
— On explique ça comment alors ? questionna Florian.
— Trois hypothèses me viennent à l’esprit.
La première, c’est que le conducteur qui voit la « dame blanche » est complètement shooté, à l’alcool, à la drogue ou aux médicaments ; dans ce cas, il s’agit d’une hallucination : les substances psychotropes agissent sur le système nerveux central et modifient l'humeur, la conscience ou la perception des choses.
La deuxième, c’est que cette vision est due à un grand état de fatigue cérébrale ou simplement oculaire, le conducteur a beaucoup trop conduit sans faire de pause et comme dans le cas précédent, il hallucine.
La troisième explication, la plus logique quand ça concerne un individu normal, c’est le spectre de Brocken.
— C’est quoi ce truc ? Encore une histoire de fantôme ? persista Tony.
— Il s’agit d’un phénomène qui se produit parfois, notamment en montagne. Le spectre n’est autre que l'ombre gigantesque d'un observateur, ombre projetée sur un banc de brouillard ou une couche de nuages en contrebas quand le soleil rasant se trouve derrière l’observateur.
— Mais les endroits où certains ont vu cette dame blanche se situent de nuit en rase campagne, non ? objecta Olivier.
— Exact. Dans ce cas, je pense que c’est l’ombre de quelqu’un qui marche sur le bord de la route et qui est éclairé par les phares longue portée d’une voiture loin derrière lui. Je pense aussi que le phénomène ne se produit que lorsqu’il y a des bancs de brume.
— C’est n’importe quoi, persista Tony. Je te dis que moi, je l’ai vue la dame blanche !
— Alors je crois que ton cas relève de la première hypothèse ! asséna Bouboule en regardant le Thénardier bien en face.
— Toujours aussi con, le Boulot ! tenta de conclure Tony en regagnant sa table et son siège.
Sans se démonter, sans montrer la moindre irritation, Pascal se retourna, regarda l’apostropheur d’un air amusé et proposa :
— Ben non, beaucoup plus qu’avant, je me suis beaucoup entraîné. Tiens je te propose une petite charade, ça fait cinq ans que j’y réfléchis. Mais malin comme tu es, tu vas trouver tout de suite la solution :
Mon premier est une boisson chaude.
Mon deuxième est une boisson froide.
Mon troisième est le sentiment habituel de mon tout.
Mon quatrième, suivi d’une saucisse que nous mangeons ce soir, qualifie bien mon tout.
Et mon tout est ce que dit mon quatrième *.
Ceci dit, Bouboule refit face à ses amis, un large sourire lui illuminant le visage.
Quand Tony, aidé par ses voisins de table, eut enfin compris, il se leva, revint faire face à la table de Valentin, tendit un index vers Bouboule et articula :
— Toi le minus, tu t’excuses pour ce que tu viens de dire, sinon…
— Sinon quoi ? fit Florian en posant sa serviette sur la nappe et en se levant à son tour. Pascal a raison, la fumette et la bibine t’ont ramolli le cerveau, Thénardier. Le premier qui touche à notre ami aura le choix : se battre contre Gilles qui t’a déjà mis la pâtée ou Valentin qui t’en a déjà mis deux ou Olivier qui a calmé ton copain Clébar, ou moi-même si tu veux bien te rappeler ou encore Quentin qui lui sera beaucoup plus légaliste mais aussi remonté que nous. Alors ?
* 1 Le thé = T 2 L’eau = o 3 La haine = n 4 Y (+ diot) = idiot
T-o-n-y est un idiot.