Il était près de minuit.
Dans la froide limpidité de la nuit savoyarde, bien protégé par ses vêtements techniques de professionnel de la montagne, assis sur une pierre loin de la lumière et du bruit s’échappant du chalet « Fleurs de givre », Florian contemplait la brillante Vénus dans le ciel piqueté d’étoiles. Il aimait ces instants de solitude et de communion avec la nature.
— Florian ? fit une douce voix de femme derrière lui.
Il n’avait pas entendu la personne s’approcher. Il tourna lentement la tête mais le noir presque absolu de la nuit montagnarde ne lui permit pas de reconnaître celle qui venait de prononcer son nom.
— Oui ?
— Je peux rester un instant avec toi ?
— Pourquoi ? Qui es-tu ? Attends… Oui… Ce parfum… Tu es Jade, n’est-ce pas ?
— Bien deviné. Je peux m’asseoir près de toi ?
— Je ne suis pas propriétaire de ce rocher, si tu n’as pas peur d’avoir froid aux fesses…
— Tu es plein de poésie ce soir. Je veux savoir ce que tu deviens. Tu ne me croiras sûrement pas mais j’ai souvent eu la nostalgie de nous deux. Comme tu t’étais mis avec Océane, je n’ai pas voulu m’immiscer entre vous. Maintenant qu’elle est mariée à… je ne sais pas qui et qu’elle a deux gosses, les choses sont différentes.
— Toi ? Tu as eu des scrupules à draguer ? Allons donc !
— Cela t’étonne mais oui, j’en ai eu. Pourquoi vous êtes-vous séparés Océane et toi ?
— Elle était sportive comme une limace asthmatique et moi, je ne peux pas vivre sans activités physiques. Donc incompatibilité d’humeur.
— Moi je suis sportive. À Paris je suis inscrite dans un club de fitness, un autre de yoga et je vais régulièrement nager à Pailleron.
— Pourquoi me dis-tu ça ?
— Tu es plus fin que tu veux bien le montrer, tu as parfaitement compris. Mais tu as raison, cette pierre est bien froide, tu veux bien que nous marchions un peu ?
— S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, fit Florian en se levant.
Jade se leva également et pris la main de sa convoitise.
— Oh, il n’y a pas que ça, répondit-elle avec un sourire satisfait masqué par la nuit. Tu n’as pas froid toi ?
Sans répondre, Florian ôta sa veste technique et, faisant face à la jeune femme la lui posa sur les épaules. Jade profita de leurs positions rapprochées pour se coller à lui, l’emprisonna de ses bras et colla ses lèvres aux siennes en un baiser plein d’expérience.
Quand elle dû reprendre sa respiration, Florian lui dit :
— Je me rappelais bien que tu avais une très bonne technique, mais tu vois, sans amour…
— Tu n’as pas simplement envie de flirter ?
— Je n’aime pas manger dans la même gamelle que les autres.
— Toujours grand poète !
— Ta réputation te précède, que veux-tu.
— Donc tu ne veux pas prendre un peu de bon temps avec moi ?
— Mis à part que tu sois une très jolie femme, soignée, cultivée, bien habillée, intelligente, une aventure sans lendemain ne m’intéresse pas. Tu vis à Paris dans un milieu BCBG, moi je n’aime que la montagne et les sportifs. Dans ton milieu, je passerais pour le bouseux de service, donc même si ça devenait sérieux entre nous, ça ne pourrait jamais marcher durablement. Allez, rentrons, ici tu risques de prendre mal.
— Comment écris-tu ce mot-là ? conclut Jade en éclatant de rire.