VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

17. Randonnée au lac.

Le lendemain ils étaient presque tous volontaires pour participer à l’ascension au lac de Tardevant sauf Morgane manquant toujours de souffle à part pour bavarder, sauf Adrien prétextant une récente entorse à la cheville pas tout à fait guérie, sauf Océane qui avoua souffrir encore de crises d’asthme ainsi que Marine voulant être au chalet pour accueillir son mari Pierre-André et sauf Romuald toujours allergique aux efforts qu’il jugeait inutiles.
  À dix heures, les volontaires empruntèrent le large chemin menant au chalet de Paccaly. Dix minutes plus tard, sur le sentier de la forêt, la troupe avançait joyeuse et sonore. Les conversations se firent plus rares quand, au sortir du bois, le petit monde dut emprunter la pente nettement plus accentuée du sentier de montée. Florian et Olivier, les deux grands sportifs, menaient toujours la marche suivis par Amandine, Emily et Margot. Gilles et Valentin, volontairement un peu distancés, s’appliquaient à trouver un rythme de montée acceptable pour Eva, Lucie, Mathilde et Pascal.
Après une heure et demie de marche, par petits groupes, ils arrivèrent au bord du joli lac à l’eau d’un vert transparent reflétant la pente herbeuse de la pointe de Tardevant.
— Ouah ! Ça donne envie de se baigner, s’exclama Tony, dans les derniers arrivés à cause de son ventre naissant et de son sac à dos alourdi de bouteilles.
— Je te le déconseille fortement, intervint Florian. Je te signale que nous sommes à plus de deux mille cent mètres d’altitude, qu’à cette altitude les nuits sont encore glaciales en cette saison, que ce lac est alimenté par les pluies bien sûr mais surtout par l’eau de la fonte des neiges et qu’il reste encore des névés sur les pentes alentour, que sa température en mai ne dépasse pas les huit degrés. Maintenant si tu as le courage…
— Tu as raison, il ne faut pas tenter le diable, remercia Tony en sortant une bouteille de Chignin de son sac à dos, tu veux un canon ?
— Non merci, en montagne je ne bois que de l’eau.
Après le repas sandwichs apprécié par tous, la plupart des randonneurs peu habitués aux efforts physiques prolongés se dispersèrent à la recherche du meilleur coin d’herbe neuve pour une sieste récupératrice.
Ravi d’être dans son élément, d’être respecté et entouré par ses amis, Florian proposa :
— Est-ce que certains veulent faire l’ascension de la pointe de Tardevant ? Seulement quatre cents mètres de dénivelée en plus. Là-haut, à deux mille cinq cents mètres, la vue sur le Mont Blanc est superbe. Le chemin est un peu raide au départ et un peu aérien sur la crête terminale, mais sans danger objectif pour un randonneur sérieux -et à jeun- ajouta-t-il avec un regard amusé vers Tony et Clément. Une heure de montée, une demi-heure de descente, nous serons normalement de retour ici pour quinze heures trente.
Gilles, Olivier, Margot, Emily et Valentin furent les seuls volontaires.
— Les autres, regardez de temps en temps vers l’est, sur les névés sous le pierrier il n’est pas rare d’y apercevoir des chamois.
— Tu ne viens pas Quentin ? lui demanda Gilles.
— Il faut quelqu’un pour organiser les secours en cas de pépin, répondit le discret gendarme de haute montagne, je reste avec eux.
— Si nous ne sommes pas de retour à seize heures, vous pourrez commencer à redescendre, épilogua Florian. Allez, en route !

Arrivés au sommet, subjugués par la vue époustouflante sur la chaîne du Mont Blanc, la chaîne des Aravis avec sa majestueuse Pointe Percée, le Jallouvre et la chaîne du Bargy, les alpinistes, à part Florian, sortirent les smartphones et mitraillèrent de photos l’environnement exceptionnel. Florian, lui, examinait d’un œil averti chaque sommet, chaque combe, chaque pierrier.
— Ça valait vraiment la peine de venir jusqu’ici, merci Flo, commenta Valentin.
— Tu as de bons yeux ? demanda Florian.
— Je le crois. Suffisamment pour apprécier ce décor grandiose.
— Regarde en direction du lac, ce pierrier, tu ne remarques rien ?
— Il est long, assez étroit, d’un joli gris…
— À peu près au milieu.
Valentin fronça les sourcils et balaya du regard l’éboulis de pierres.
— Je vois comme une petite tache rouge.
— C’est ça. De quoi s’agit-il à ton avis ?
— Une écharpe de randonneur que le vent aurait emportée ?
— Non, du tissu se serait tassé entre les cailloux et serait invisible. J’ai l’impression que cette couleur est en relief.
— Oui, tu as raison. Je me demande… Serait-ce un sac à dos ?
— S’il te plaît, tu te charges du retour avec Olivier. Je vais descendre la pente et aller voir.
— Tu es fou ! Tu as vu le pourcentage ? C’est hyper dangereux.
— Les Alpes, c’est mon métier. J’ai toujours dans mon sac à dos le piolet démontable d’un ami de mon père. Avec ça et mes bonnes chaussures, je devrais y arriver. Je te tiens au courant.