VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

2. Mathilde.

« Valentin, c’est toi ? »
Une jolie jeune femme élégamment habillée s’avançait vers lui.
Le nom fulgura dans son esprit.
— Mathilde ! Tu n’es pas à Paris ?
— Comme tu peux le constater.
— Cela me fait plaisir de te revoir. Assieds-toi un instant. Que désires tu boire ?
Elle saisit la petite bouteille qui contenait encore un peu de liquide pétillant vert ambré.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Une sorte de soda citron-gingembre très peu sucré.
— Alors la même chose. Moi aussi cela me fait vraiment plaisir de te revoir Valentin. J’ai souvent la nostalgie de nos années de collège et de lycée. C’est vraiment dommage de se perdre de vue.
— C’est la vie ma belle. Quand on est ado on veut être adulte et quand on le devient, on a des regrets de notre vie insouciante. Alors, que deviens-tu ? Violon, chant, musique ?
— Oui, la musique, j’en ai fait mon métier et cela me ravit. Je fais partie de l’orchestre philharmonique de radio France en tant que second violon et comme ce n’est pas un emploi à temps plein, avec des amies, nous avons créé un quartet dans lequel je suis premier violon. Nous donnons des concerts et des récitals partout en Europe.
— Quels sont les autres instruments ?
— Un second violon, un violon alto et un violoncelle.
— Comment s’appelle ton groupe ?
Pour toute réponse, la jeune femme tendit le bras vers un panneau électronique d’affichage publicitaire lequel affichait :
« Concert de musique baroque par le quartet Boutae *. »
— C’est toi sur cette affiche ? s’enquit Valentin en plissant les yeux.
— Oui, avec trois copines.
— Que des dames ?
— Oui ! Cela te choque ?
— Pas le moins du monde, en aucune façon. Tu joues toujours du violon ?
— Pas seulement.
— De l’alto, du violoncelle, de la contrebasse ?
— Non. Enfin oui un peu, je sais jouer de ces instruments, mais la particularité de notre quatuor, c’est qu’il est à double facette. Chacune de nous joue et d’un instrument à corde et d’un instrument à vent. Personnellement je joue également de la flûte traversière. Notre second violon joue de la clarinette, l’alto du hautbois et la violoncelliste du saxophone. Nous jouons souvent le même morceau d’abord avec les cordes puis avec les autres instruments. Le public adore. Cet après-midi nous allons répéter notre concert dans la petite salle du théâtre national. À quinze heures. Tu veux assister ?
— Avec grand plaisir. Au fait, as-tu reçu un courriel d’Amandine Fontaine ?
— Simplement Amandine j’aurais compris. Oui, et j’ai déjà répondu favorablement. Tu viendras aussi ?
— Absolument, je ne veux surtout pas rater ça ! Bon, il faut que j’y aille.
— Pour écouter la répétition, va directement dans la petite salle du théâtre, l’entrée sera libre pourvu qu’elle soit silencieuse.
— Quel sera le programme ?
— Bach, concerto brandebourgeois numéro quatre. Vivaldi, concerto pour flûte et violon. Purcell, Pavane en sol mineur et Haendel, concerto à quatre.
— Vous êtes très éclectique dans vos choix !
— Là nous avons opté pour des musiciens de l’époque baroque mais nous jouons aussi du Mozart, Tchaïkovski, Gershwin, Beethoven et j’en passe.
— Ça doit être super ! Excuse-moi Mathilde mais je dois y aller. Finis calmement ta boisson, je t’invite, conclut-il en se dirigeant vers la caisse au bout du bar.

* Boutae : nom gallo-romain de la ville d'Annecy.