Florian, partagé entre l’horreur que lui avait suscité sa terrible découverte et le plaisir de faire son baptême de vol en hélicoptère fit, à l’intention de ses deux amis, avec les deux pouces et les deux index, le signe « tout va bien » habituellement utilisé par les plongeurs.
Quand il fut installé dans l’Eurocopter EC145 des gendarmes de montagne, alors que les pales de l’appareil accéléraient il hurla pour se faire entendre du capitaine :
— Vous savez, je peux très bien descendre comme vous en aérocordage.
— Négatif, absolument exclus ! Vous n’avez pas l’entraînement spécifique, vous n’avez pas de gants adaptés, je ne connais pas votre degré de forme physique.
— Bon OK, se résigna le grand sportif.
— Naviguez au 315, vitesse dix nœuds, indiqua le capitaine au pilote, vol en stationnaire lorsque je dirai stop.
Restés seuls, chacun une main sur la casquette, Quentin et Valentin regardèrent s’envoler l’hélicoptère. Le vent des pales calmé, Quentin fouilla dans son sac, en ressortit sa paire de jumelles qu’il tendit à Valentin.
— Tiens, si tu veux suivre le déroulement des opérations.
— Ah oui, merci. Il ajusta les mini lorgnettes à sa vue, observa l’aéronef et commenta :
- L’hélico arrive au-dessus du pierrier.
- Ça y est, il est en vol stationnaire.
- Ils viennent de lancer une corde.
- Quelqu’un descend en glissé. Je crois que c’est le capitaine.
- Je vois Flo assis sur le plancher de la cabine, les pieds sur un patin. Il se lance, le capitaine s’avance vers son point de contact au sol.
- Le filin du treuil remonte.
- Le maréchal des logis descend à son tour en aérocordage avec un gros sac à dos.
- Le capitaine fait une sorte de moulinet du bras.
- L’appareil repart, la corde n’est pas rentrée.
— OK, fit Quentin. Il fouilla dans son sac à dos, en sortit un bout de ruban de balisage d’environ deux mètres, alla se placer au bord de la surface d’atterrissage, leva les bras en Y, sa main droite tenant le ruban qui se mit à flotter vers l’est, indiquant le sens du vent lequel s’était levé.
Juste avant que se pose l’appareil, Quentin saisit le bout de la corde de descente afin d’éviter qu’un patin se pose dessus.
— Tu veux suivre la suite ? demanda Valentin quand l’appareil fut posé en tendant les jumelles.
— Non, tu peux continuer ton reportage, répondit malicieusement Quentin en montant dans l’habitacle.
Aidé par le pilote, il hala et lova l’épais et lourd cordage sur le plancher de l’appareil.
Valentin suivait avec intérêt les déplacements prudents de Florian et des gendarmes. Il vit nettement le capitaine saisir le sac à dos rouge et le placer dans un sac conteneur déplié par son adjoint. Il observa Florian indiquant une direction du bras. Les militaires se déplacèrent puis stoppèrent leur mouvement mais Florian ne les suivit pas. Après plusieurs minutes de « sur place » des militaires que Valentin interpréta comme une prise de photos, le maréchal des logis déplia un autre sac dans lequel les militaires déposèrent ce qu’ils venaient de ramasser.
Les trois hommes se mirent ensuite à descendre pleine pente dans l’axe de leurs trouvailles, s’arrêtèrent, reprirent des clichés, ramassèrent, se déplacèrent à droite, à gauche, repartirent et ainsi plusieurs fois de suite.
Le terminal radio de Quentin se mit à bourdonner.
« Commandement à lieutenant Ouvrard… Commandement à lieutenant Ouvrard, répondez lieutenant... »
« Ici lieutenant Ouvrard, je vous reçois cinq sur cinq... »
« Lieutenant vous allez monter dans l’appareil pour venir hélitreuiller plusieurs sacs puis retourner vous poser. Le pilote est prévenu. Nous vous rejoindrons par nos propres moyens. Action ! »
« Bien reçu mon capitaine. »
— Je t’abandonne un instant Val. Un militaire n’est pas en congé si les circonstances exigent sa participation. Je dois aller réceptionner les colis de Florian. Je ne suis pas sûr d’apprécier.