Pauline, smartphone en main réglait l’heure de la sonnerie de réveil.
— Tu démarres tôt demain ? lui demanda son compagnon.
— Sept heures.
— Pour être à ta conférence à ?
— Huit et demie.
— Quel est le temps prévu demain ?
— Attends, je regarde… Petite pluie le matin se transformant en neige vers midi.
— Je ne suis pas bien tranquille de te savoir seule sur les routes dans ces conditions, et tu sais bien que je ne peux pas t’accompagner.
— Quand il faut…
À cet instant, le jingle spécifique à son application WhatsApp émit sa courte mélodie.
— C’est Margot qui m’écrit.
— Margot ?
— Oui, tu sais bien, la femme blonde dont le père dirige l’entreprise d’entretien et de création d’espaces verts « les jardins de Margot. » Je te lis son message, je crois que ça va te plaire :
« Coucou Pauline,
En cette saison nous n’avons pas beaucoup de travail dans l’entreprise. Si tu veux, Olivier et moi pouvons te conduire à Aix les Bains puis continuer sur Chambéry pour faire la tournée des bureaux de tabac et autres détaillants de tickets à gratter. Nous te reprendrons ensuite à la sortie de ton hôpital.
Notre voiture est bien chaussée de pneus hiver et Olivier sait conduire sur la neige.
D’accord ? »
Pauline tapa aussitôt en réponse :
— « C’est super gentil comme proposition. J’accepte avec plaisir. Sept heures chez moi, ça vous va ? »
— « Nous voulons absolument venir en aide à Valentin. À demain sept heures. »
Après avoir déposé Pauline à l’accueil de l’hôpital d’Aix les Bains, Olivier au volant et Margot en navigatrice se dirigèrent vers Chambéry.
— Sur le secteur, il y a une quinzaine de points de vente de ces tickets de la FdJ. Nous allons en faire le plus possible ce matin. Si le buraliste est un homme, c’est moi qui lui poserai la question et je laisserai ton charme agir si c’est une dame, OK ?
— Toujours aussi futée ma petite femme.
Les dix premiers points de vente sollicités ne leur apportèrent que moues sceptiques et signes négatifs de la tête devant la photo d’Adrien ainsi que celle de Romuald. Le onzième établissement de leur liste était un grand tabac-presse du centre-ville, non loin de la fontaine des éléphants. L’homme derrière la caisse interrogé avec le plus beau sourire de Margot lui emprunta son smartphone affichant la photo du visage d’Alexis. Il secoua la tête mais appela à la rescousse une dame qui redisposait le rayon des hebdomadaires de programmes de télévision.
— Est-ce que tu as déjà vu ce monsieur ? demanda-t-il en présentant l’appareil.
— Montre mieux. Cette tête me dit quelque chose…
Pendant quelques secondes elle sembla perdue dans ses pensées.
— J’y suis. Ce monsieur qui n’est pas un client habituel est venu se faire payer trois tickets gagnants à la fois pour un montant d’un peu plus de deux cents euros. Comme les sommes sont compensées par la FdJ, je l’ai payé sans discuter.
Ça m’a semblé quand même un peu bizarre car la plupart du temps l’acheteur gratte son ticket sur place. Ce n’est qu’ensuite que nous avons appris qu’il s’agissait de tickets volés.
— Vous nous confirmez que c’est bien cet homme ? insista Olivier.
— Cheveux blond foncé, un peu ondulés, yeux bleus, oui c’est bien lui. En plus il était d’une taille plus grande que la vôtre.
— Je mesure un mètre quatre-vingt-deux.
— Il devait faire quatre-vingt-cinq, quatre-vingt-sept.
— Vous souvenez-vous du jour de sa venue ?
— Tout ce que je peux dire c’est que c’était un lundi peu de temps après l’ouverture du magasin, fin octobre ou début novembre, il est facile de vérifier.
— Merci beaucoup pour ces renseignements, madame, monsieur.
— Au fait pourquoi voulez-vous savoir ça ?
— Ces tickets faisaient partie du butin d’un braquage de bureau de tabac près d’Annecy. Un de nos bons amis est accusé à tort de l’avoir commis et nous cherchons des preuves pour l’innocenter. Votre témoignage nous est très précieux pour établir la vérité, expliqua Olivier.
— Attends un peu Olivier, je n’ai plus rien à lire à la maison. Je veux acheter quelques livres de poche.