VALENTIN ET LA GRANDE REUNION

5. Explication.

— Viens Mathilde, sortons du parking, je vais te raconter une histoire.
— Je n’ai pas la tête à entendre une histoire, allons plutôt tout de suite déclarer le vol à la police, s’énerva la jeune femme.
— Nous irons voir la police, mais auparavant, il est évident que tu as besoin d’un bon remontant. Retournons à notre terrasse de ce matin. Que veux-tu boire ? Un cognac ?
— Je ne bois jamais d’alcool.
— Un bon point pour toi. Un café alors ?
— Oui, très serré. Qu’est-ce que tu veux me dire ?
— Je veux d’abord te montrer une vidéo, expliqua Valentin en sortant son appareil et en lançant la séquence enregistrée dans le parking souterrain qu’il présenta à son amie.
— On n’y voit rien. C’est trop sombre et avec la lumière du soleil…
— Alors je vais d’abord te raconter…
— Auparavant, j’ai besoin d’aller aux toilettes me refaire une façade, je dois être horrible.
— Pour moi tu ne seras jamais comme tu dis mais va, je vais faire la commande.
Quand elle revint, le serveur venait de poser un café sur la petite table ronde de bistrot. Mathilde, le teint ravivé, les yeux masqués par des lunettes solaires avala le contenu de sa tasse d’une seule lampée et frissonna.
— Un autre si tu veux bien.
— OK, je fais signe au garçon. Donc sur la vidéo que je voulais te montrer, il y a peut-être la solution de ton problème mais je te raconte d’abord. Il y a une douzaine d’années, j’étais en vacances dans un camping de la côte atlantique avec notre ami Olivier et ses parents. Entre parenthèses, c’est là que nous nous sommes liés d’amitié avec Inge *, la danoise que tu connais aussi.
— Je me rappelle bien cette fille quand elle est venue en stage dans notre lycée. Très jolie, intelligente et sympathique.
— Donc nous étions dans un camping près de la longue plage de sable des Landes. Entre autres péripéties lors de ce séjour, j’ai observé le manège de deux individus qui, à l’aide d’un instrument électronique sophistiqué appelé à l’époque « roll jam » ce que l’on peut traduire par « intercepteur de codes » réussissaient à ouvrir les véhicules des estivants et voler tous les biens de valeurs restés dans les voitures.
— Je commence à entrevoir où tu veux en venir.
— Ces deux types, dans leur banal véhicule, se plaçaient près d’une voiture arrivant sur ce parking, repéraient le moment ou le propriétaire allait fermer son véhicule et capturaient le signal du bip censé tout verrouiller. Je te passe les détails techniques. Une fois les estivants insouciants et bien tranquilles sur la plage, ils reproduisaient le signal capté lequel ouvrait l’auto, récupéraient sacs à main, téléphones portables, portefeuilles, ordinateurs et tout ce qui pouvait se commercialiser.
— Donc hélas pour moi, c’est sans espoir, si cela s’est passé comme tu dis, on ne retrouvera jamais les voleurs donc ce qui m’appartient.
— Attends ma belle, je n’ai pas fini. Seconde partie de mon histoire. Ce matin, avant notre rencontre, je me suis garé dans le même parking souterrain que toi cet après-midi. Comme je laisse aussi mon PC portable de travail dans le coffre, j’ai tenté de fermer ma 2008, mais le signal n’a pas fonctionné. J’ai immédiatement repensé à l’aventure de Mixelit et me suis dit que le signal avait été intercepté. J’ai donc reverrouillé et après être sorti normalement, j’ai foncé vers une autre entrée et, bien dissimulé, j’ai observé deux individus près de ma voiture. Les quatre clignotants fonctionnaient donc elle venait d’être ouverte frauduleusement. J’ai immédiatement relancé la fermeture. Je ne sais pas si les malfrats ont compris quelque chose mais après quelques gestes d’énervement, ils sont retournés dans leur véhicule, une Audi Q3 grise. J’ai alors fait semblant d’être un passant anonyme retournant vers sa voiture. J’avais le téléphone à l’oreille, je parlais comme si j’avais un interlocuteur mais ce n’était pas le téléphone qui fonctionnait : j’avais lancé l’application vidéo et je filmais au jugé en marchant. Cette partie du film que j’ai tenté de te montrer n’est pas probante car beaucoup trop sombre et trop floue. En revanche, pile quand je suis passé au niveau de l’Audi, j’ai laissé tomber mes clés et en les ramassant j’ai filmé la plaque d’immatriculation et j’ai aussi capturé les visages des deux types qui avaient allumé l’éclairage intérieur, sans doute pour tenter de trouver ce qui n’avait pas fonctionné avec leur engin.
— C’était fort bien joué te concernant mais pour moi, quelles conclusions en tirer ?
— Il est fort probable que ce sont les mêmes qui t’ont volée. Avec le numéro minéralogique de l’Audi, la police va pouvoir agir. Quand nous étions au lycée, nous avions eu affaire au lieutenant Marchais **. Il devait avoir une trentaine d’année donc il en a une quarantaine maintenant. Je vais essayer de le recontacter. Quand il était de bonne volonté, il était capable de prendre rapidement les bonnes décisions, ce doit toujours être le cas. De plus il est sûrement monté en grade. Accompagne-moi au commissariat central, nous allons tout lui exposer. J’imagine que ces deux voleurs opèrent toujours dans ce parking, au pire dans un autre de la ville. Il va probablement se dire la même chose et installer une planque ainsi qu’ordonner des patrouilles en civil en plus de diffuser le numéro de l’Audi. Je pense que tu as de bonnes chances de récupérer tes instruments car les voleurs n’auront pas eu le temps de les revendre. Je finis ma boisson et je t’emmène au commissariat.
— Toujours aussi pointu Valentin ! Si je peux récupérer mes instruments et mon PC, tu auras droit à ma reconnaissance éternelle !
— Bah, un sourire pour moi et quelques billets de faveur aux anciens copains pour ton spectacle de musique baroque suffiront à mon bonheur. Allons-y !

* Dans le livre Valentin en vacances.
** Dans le livre Valentin au lycée.